vilaz métiss

 

nous savons métis que la langue est saltimbanque

 
 

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traces paroles

Photo: Michael Bonomally
(© Le Mauricien Ltd)
100 lignes paroles pour gorer Senghor... 


J’écoute au fond de toi le chant fiévreux de l’enfance
Mélopée traversant Saloum et que berce solitude sérère 
Litanie de Joal et ces lieux portés en bandoulière 
Pour que les mots jadis entendus jamais ne s’affadissent. 

Ton nom remontant à sa source désinvente l’oubli 
Aux deux poings cardinaux de nos silences rédimés 
Mais qu’importe le sens de nos blessures d’adultes 
Si reste la joie matricielle que nous devons à personne. 

Se souvenir, simplement se souvenir… 
Tu as raison d’emprunter le sentier à rebours 
Entre filao et flamboyant caressé le vent tamarinier 
L’essence des jours insolents de tendresse rétive. 

Je te rejoins dans la colère créole de nos nuits incendiées 
Balançant entre ségas et saudades d’un seul trait nègre 
Sous le signe des Signares dans l’exil de leurs bras 
Nos mères ont le courage des Reines de Saba. 

Elles nous disent chaque jour indomptée absence 
Des mots masqués par l’impudence des alizés 
Et ces cyclones qui eurent longtemps prénoms de femmes 
Déboussolant nos corps en leurs périples méridiens. 

Il nous faut boire aux livres qu’elles posent dans nos yeux 
Les mots délectables aux parfums de fruits mûrs 
Pour ensemencer poèmes qu’il nous reste à écrire 
Lorsque viendra le temps de psalmodier Royaume d’enfance. 

***

Sur le sable insulaire de liminaires indulgences 
Les marées d’équinoxe ressassent chants de repentance 
Loin des griots tu dis que le temps grisaille de nostalgie 
Au défi de l’Harmattan il nous reste les mots par toi invités. 

Préparer l’avenir d’un long regard fertile
Pour que ne l’emporte simoun sur la nuit d’Afrique 
C’est un cri tabala transmis au signal de l’aorte 
Et nul ne sait si déraison si oraison en patois affirmé. 

Ni simagrées larmoyantes ni singulières singeries 
Mais mots désinféodés par promesse guerrière 
Pour déclamer réclamer notre histoire disconvenue 
Nous ne sommes pas quémandeurs de déférence altière. 

Tu as gagné combat en désarmant ivre nonchalance 
D’un verbe dénigré à chaque syllabe bâtarde 
D’un peuple outragé par assassine ignorance 
D’un continent vendu aux enchères de l’oubli. 

Car il fallait déclaveter le barrage des scandales 
Briser poussière les clichés féroces de blanche connivence 
Laisser torrents s’approprier d’une voix couleur de braise 
Les échos fiers d’une négritude enfin assumée. 

Il a fallu du temps pour soigner les coeurs impaludés 
Pour qu’apaisés les yeux de tendresse infinie 
Parlent la langue même des ancêtres retrouvés 
Dans le lignage du soleil farouche beauté sans masque. 

***

Instants nus que je retrouve dans cadence de tes vers 
La source vertigineuse où vont boire les lamantins 
Pour que s’éclipsent en souffrance les mots éparpillés 
Instants nus emportés par le fleuve des souvenances. 

Rejoue-moi en sourdine le saxo du grand sommeil nègre 
A l’embouchure de trompette d’une Casamance renommée 
Chante la beauté de la gazelle aux attaches célestes 
Ombre ombilicale qui illumine nos vies dégorgées de soleil. 

Je ne sais si bamboula de paroles si échos tristes de l’enfance 
Mais je m’abreuve de ta soif du dire ou redire 
Instants doux montés de l’écritoire de la mémoire 
Pour rejoindre Gorée où saigne le coeur du poème récité. 

Il suffira d’une lettre de pain tendre, douce comme le beurre 
Refaire à l’envers la géographie du désir et du désordre 
Au portulan où s’inscrivent déjà nos sublimes défaites 
Redécouvrir l’arôme féminin des goyaves. 

Je ne sais si les mots fragrants de la nuit d’hivernage 
Ont laissé des fragments de mangue mûre par la peau léchée 
Mais qu’importe la saveur des jours palétuviers 
Nous savons métis que la langue est saltimbanque. 

Instants nus conjugués au totem de l’enfance 
Dans l’estuaire des regards où souffle parole moribonde 
Je redis après toi le prétemps d’insouciance garantie 
A Goodlands ou à Joal, le lieu est secondaire... 

***

Le coeur en son mitan éclabousse de rêves albinos 
Un passé ressurgi intact de la calebasse de la kora 
Nous sommes gens de parole abandonnée à l’exil 
Mais elle revient inexorable danse chant poème palabre. 

C’est encore la femme nue noire aux mains balsamiques 
Toujours le pouls de l’Afrique scandant dans tes veines 
Les mots dévastateurs de la liberté du dire encore 
Jusqu’à plus soif de paroles incandescentes. 

C’est encore le masque blanc-et-noir salué dans le silence 
Qui dit et redit son appartenance au soleil solennel 
Pour conjurer la mort jamais familière, trois fois visiteuse 
Pour abjurer misère armé de faconde princière. 

Kozé ! Raconte ! Nous attendons mémoire des couleurs 
Cette enfance traces intarissables entre tann et sable 
Sac et ressac flux et refus mer à cueillir mère accueillante 
Tous les silences que la nuit impatiente à entendre. 

C’est encore la femme peau d’or démarche mélodieuse 
Mille fois célébrée dans l’absence dakaroise 
Une lettre de Sopé perdue au labyrinthe des pervenches 
Amour jamais renié joyau de Joal à la caresse normande. 

C’est toute une vie écrite en mémoire du mémorable 
Morceaux épars déclinant à satiété les vrais départs 
Homme debout Chaka hurlant l’amour du peuple noir 
Enfant de Gorée jamais esclave si passé désenclavé. 

***

J’écoute au fond de moi le chant fiévreux de l’enfance 
C’est à toi que je pense dans Joal sublimé 
Au versant de ton nom Sedar au verso de Senghor 
Accepte ces cent vers sang versé dans la solitude des palabres... 


(extrait de "calindromes")
Ouvre ton cahier
Sur les armes miraculeuses
Et hurle ces mots coupables
Coupés à la machette de l’histoire
Décuplés par la gâchette du verbe

Ouvre ton cahier
Révise ton cadastre de fond de cale
Entre les sanglots et les rires décalés
Sans fard les mots prennent le pouvoir
Sang phare pour dire l’innommable

Ouvre ton cahier
Que les chiens se taisent au portulan de la honte
D’avoir tant aboyé de pensées broyées
Mais fais jaillir ces mots niés reniés
Nus inconnus de fleuve connivence    

Ouvre ton cahier
Conjugue-moi en rupture le verbe aimer
A l’imparfait d’un roulis sacrilège
Evadé de la tempête du complaisant silence
Coupé du soleil Découpé en morsures

Ouvre ton cahier
Et dis-moi en langue crue et secourue
Sans ces airs de déjà-vu-entendu 
La tragédie d’une saison nègre
Par l’intègre dérision du verbe

Ouvre ton cahier
A l’orée de la grande nuit de Gorée
Lorsque les mots inversent leurs peurs
De la pénombre aveuglante du non-dit
A l’incandescence d’un cri salutaire

Ouvre ton cahier
Sur les pages liminaires du poème-torrent
Dis-moi une dernière fois et pour toujours
Ce pays échancré d’impossibles partances
Ancré en toi sur les récifs du partage...


(avril 2008)
Tes mots m’ont pris par la main 
En attente de caresses buissonnières 
Sur le pupitre en bois 
Déposées les lèvres 
De nos baisers sucrés. 

Tes mots m’ont dit le grain de ta peau 
Parfum de craie couleur sablée 
Prénoms aux lettres emmêlées 
Je t’aimes, sans s, sans cesse… 

Tes mots de saveur tendre 
Comme la mangue léchée 
Avant les fruits défendus. 

Tes mots sans mensonge 
Sans promesse. 

Nus dans un regard. 


Tu es mon seul amour. 
Je t’aime pour la vie. 
Nos initiales gravées 
Jusqu’à la fin du monde. 

Tu souris dans mes yeux 
Ta robe frôle ma main 
Maladroite. 

Ton prénom récité 
Au refrain du silence. 

Suspendu au vertige. 


Je retrouve dans tes yeux 
Les mots purs de ce temps-là. 
Ils ont goût de première fois. 

Ces mots désappris par le vent 
Interdits de partance. 

Eperdus d’avance. 


Ces mots de soleil partageux 
De simple connivence. 

Tu les disais comme personne. 


Personne ne les dit comme toi.


(extrait de "calindromes)

En se lovant (ti-poem)

 

S. aime S.

Lui dit texto

Phonés, tics du langage

A quoi ça rime

Ces mots sans accent

Circonflexe ?

Sont-ils concis

Ou circoncis ?

Où est le chapô

Echappé de caline ?

Di mwa bb

Si nou 2 c ok ?

 

Moi j’écris les mots en entier

Je t’envoie des alexandrins

Pour que tu prennes ton pied

Aux douze coups de mes nuits

 

S. quitte S.

Sans un mot

Etreint son portable

Le caresse des yeux

Fait une nouvelle touche

Mo love toi mo lamour

For ever pour toujours

Hé ! Tandé ! Poem !

J’ai cru t’aimer avant de te connaître

Tes yeux sont si profonds…

Je l’ai lu quelque part

Mo pa rapel who wrote this

 

Toi tu me lis au cœur de la tendresse

Les vers d’Aragon pour Elsa écrits

Je découvre dans tes baisers exquis

Les rimes riches que la nuit caresse

 

En se lovant (ti-poem)

Que j’abandonne sur le lit défait

Le liras-tu à ton réveil ?

 

Sa réponse sur sms :

« Si 1 jour tu c-c d-krir d po-m

Noubli pa mo ga-t 2 me le dir en vers »