vilaz métiss

 

nous savons métis que la langue est saltimbanque

 
 

lakaz vilaz traces paroles mélanz
 
Ki manier ? Bienvenue... Welcome !

Préface d'Axel Gauvin
Pas « pa », « ca »: calindrome.
Non seulement Michel Ducasse invente l’énigme,
mais il en donne le sens: «groupe de mots
que l’on peut caresser dans les deux sens.»
Et s’il ne met pas le circonflexe sur le «a»,
c’est sûrement pour que ce dernier ne dure
juste que le temps qu’il faut, ou bien
qu’il ne se réfugie sous la protection d’un toit
(ou d’un toi): il n’y a pas d’assurances
pour l’amour – fût-il tendresse.
Car ce recueil que vous tenez entre vos mains
est avant tout de tendresses.
Oui, au pluriel, car ce n’est pas non plus
pour rien que Michel Ducasse a mis
un « s » à Calindromes.
Il y a d’abord sa tendresse pour les mots.
Ça, il les aime les mots, les mots de ses langues
– le français, l’anglais, le mauricien.
Les mots, il les fait danser, voler au plus haut.
Mais il les casse aussi, il les disperse.
Ce n’est que pour mieux les rassembler, les réunir.
Et cela donne, au bout du vers, la combinaison
inouïe, jamais lue, jamais vue; toute neuve
et venue au monde au travers de son clavier.
Mais il n’y a pas que les mots que Michel Ducasse
aime: il y a la poésie, en général et celle de Senghor
en particulier. Il y a ses pays: son Île Maurice
(«l’île est en nous forcément») et son Goodlands,
la Garonne et Nancy. Il y a, rimant avec bonheur,
ses amis de La Réunion, et de partout:
« J’aime Le a de l’Amitié
Le b du vrai Bonheur
Le c des Camarades... »
Il y a la femme aimée, et puis il y a Lisa...

Le quatrième recueil de Michel Ducasse
est sorti en mars 2008.

David Constantin en a signé les illustrations
et Patrice Offman a soigné la maquette.



Cueillis dans le prétemps d’insouciance garantie
Accueillis dans l’estuaire de l’enfance retrouvée
Les mots refont à l’envers la géographie du désir et du désordre
Invitant au partage ou déjà en partance
Nouant des liens ou dénudés par l’absence
Des mots recueillis de l’écritoire de la mémoire
Rêveurs impénitents de nos sublimes défaites
Offerts en cadeau aux passeurs de paroles
Mots vagabonds sur chemins de traverse
Escales et escortes de tendres colères
Silences que la nuit impatiente à entendre...

 


Inédit

Ki rélizion nou pa été ?

 

Loin des chants grégaires

Divisant pour mieux renier

Chacun son chamane, sa chapelle

Dan mo lamin enn ti-somey

Pé grandi mo liniver

Baba, mo béni to nésans

 

Loin des mantras et des versets

Psalmodiés sans conviction

Vers l’horizon des oraisons

Dan mo léker enn ti-gaté

Montré mwa simin lalimier

Baba, mo krwar dan linosans

 

Loin des dieux et des maîtres

Insultant la valeur des femmes

Sur l’autel de l’ignorance

Dan mo lizié enn ti-zétwal

Sey anvolé lor servolan

Baba, mo anvié to liberté

 

Loin des croix et des croisades

Sur lesquelles on cloue la foi

Des uns, l’effroi des autres

Lor mo labous enn ti-bizou

Pli dou ki tou ladou

Baba, mo priyé to pa sanzé

 

Loin des temples et des mosquées

Erigés en cathédrales

De la solitude des hommes

Dan mo disan éna dizan

Ki viris to lamour kontaminn mwa

Baba, mo soufer kan to pa la

 

Et Dieu bouda dans son coin

Vishnu alla pêcher en paix

Prière de ne pas les déranger…

Lor mo fron éna mirak to sourir

Kan to ti-lavwa foutan dimann mwa:

Papa, ki rélizion nou pa été, nou ?

 



Au reflet d’une morne insolence
Le lagon marronne sans alibi
Couleurs insulées brisant le silence
 
Tu dis que l’île est un désir
Un caillou déposé à l’envers d’un défi
Présence opaline à l’ombre d’un sourire
 
Le vent déshabille l’horizon frileux
Emporte en sourdine l’écho de la pluie
Le sable emprisonne nos pas amoureux
 
Tu dis que l’île est un secret
Une énigme incertaine au verso de l’oubli
Un soleil indécis au souffle d’un regret
 
Dans le reflet du Morne insolent
Lorsque la brise rallume la nuit
L’île est en nous, forcément...
 

 
zwazo albatros
 
Souvan, pou pran nisa, bann marin dan bato
Trap zwazo albatros, ki plané lor lamer
E swiv, dan enn ti-poz pares kouma matlo
Lakok pistas ki glis-glisé lor vag lanfer
 
Létan fini donn zot détrwa kout’pié lor plans
Tou bann lérwa lésiel, golmal, mari dékon
Pa sové, nek bouz fix, dan enn mové silans
E les zot gran lézel tréné kom zaviron
 
Get kouma li paret dan pins sa vwayazer
Ki fek-la ti gayar, get kouma li boufon !
Matlo bril so labek ki népli dan lézer
Lot imit so bataz, déklar kaspat lor pon
 
Enn poet li parey ar zwazo albatros
Kan li défié siklonn, laper fizi saser
Mé dan sagrin lavi, ler li glisé lor ros
Akoz so bel lézel, li tasé lor later…
 
 (Traduction/Adaptation de L'albatros de Charles Baudelaire)
 

 
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« calindromes » dans la presse
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C'est l'amour des mots qui rend la poésie de Michel Ducasse si importante à nos yeux. Un formidable travail sur la langue commencé avec "Alphabet". Et on sait déjà qu'avec un tel poète, la poésie et la langue ne mourront pas de sitôt. Car entre français et créole mauricien et réunionnais, dans une langue sans cesse renouvelée, il sait réinventer des mondes neufs.
On est en terrain connu, conquis, c'est sûr. Mais la boussole des mots nous emmène à chaque recueil dans une nouvelle direction. Sont-ce les illustrations cette fois-ci ? Une nouvelle pagination ? Ou tout simplement un nouvel art de dire les choses ?
Qu'importe. On n'a pas à chercher loin pour savoir que "Calindromes" nous caressent dans tous les sens. Et c'est pourquoi le recueil se clôt sur une nouvelle. Un texte qui nous emmène à Goodlands, les bonnes terres d'enfance du poète...
C'est aussi cela la poésie : "Caresser la mémoire des mots dans l'enfance retrouvée".

Sedley ASSONNE
(“Le Matinal” du 26 avril 2008)

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Si Michel Ducasse s'est emparé de la poésie, c'est pour mener son combat personnel, culturel. C'est avec les mots que se joue ce combat tel qu'il est évoqué dans "le dernier vers". Ducasse aborde dans son dernier recueil tous les tons en français et en créole. Il exploite l'oralité populaire pour dire les petites gens, les opprimés ("sité Siber", "ti-bandi"), s'installe dans le registre lyrique pour dire ses interrogations, ses rêves, sa résistance aux contextes oppressants.
Le goût des mots chez l'auteur donne une énergie à la parole et une certaine unité aux textes fragmentés, derrière lesquels on devine les êtres aimés, les paysages, les ruptures d'une vie, le triomphe de l'amour (caresses buissonnières).
La métaphore du marronnage est utilisée pour définir le projet poétique : "Coeur océan/ brise câline/Souffle d'enfance/ Sur le temps défunt/ Je te désais déjà pour t'avoir tant cherché/ Je te cherche/ Dans l'ombre des mots/ Pour solder impuissant ton compte de silences."

Norbert LOUIS
(“Week-End” du 20 avril 2008)

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Tendresse pour le mot. Tendresse dans le verbe. Michel Ducasse se raconte dans «Calindromes».
Il l’entend dans sa tête d’abord. Une musique. Lancinante. Un rythme l’entraînant. Vers plume et papier. Pour croquer vertiges de l’amour, voltiges de parcours.
Calindromes. Du «câlin» au «drame». Du jeu de mot malin à la fleur qui fane. Michel Ducasse fait un tour sur lui, autour de nous. Dans son nouveau recueil de poèmes publiés aux éditions vilaz métiss.

Aline GROËME-HARMON
(“l'express” du 14 avril 2008)

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Le poète Michel Ducasse livre son quatrième recueil. Musicalité d'une enfance chantée au rythme du temps qui passe. Autant qu'un chant pour caresser la mémoire des mots dans les deux sens. Les explications du poète révèlent l'essence du mot Calindromes, titre du présent ouvrage.

Khalid ATCHIA
(“Week-End Scope” du 9 avril 2008)

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Ne cherchez pas de palindromes dans le nouveau recueil de poésie de Michel Ducasse. Ces phrases qui gardent la même signification à l'envers comme à l'endroit, il n'y en a pas, ou alors elles sont involontaires...
En revanche, ses "calindromes" sont des mots que l'on peut caresser dans les deux sens… Ils forment un livre à lire et à regarder avec bonheur, à ouvrir où l'on veut. "Car ce recueil que vous tenez entre les mains est avant tout de tendresses", témoigne l'écrivain réunionnais Axel Gauvin en préface.

Dominique BELLIER
(“Le Mauricien” du 4 avril 2008)

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